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un grain de sable pour secouer la poussière...

Comme si les hratines n’existaient pas : prestation d’Aziz face à « la presse » mauritanienne

Vendredi 21 Septembre 2018 - 02:50

Deux jours plus tôt, un ami m’appelle pour me donner un « scoop... » Il l’a fait avec beaucoup d’amitié et d’affection sachant que les sites francophones sont les derniers à apprendre ces petites choses très importantes pour les journalistes adeptes du téléphone arabe car n’ayant souvent rien à se mettre sous la dent.
 
Ainsi, il m’apprend qu’Aziz compte s’exprimer le lendemain soir. Il tient cela d’une source qui n’est pas n’importe qui et que les professionnels du chtari appellent « source généralement bien informée ». Malheureusement, je n’ai pu dissimuler, à cet esprit alerte, mon peu d’intérêt pour ce scoop car j’ai suivi toutes les interviews d’Aziz avant de le connaître et depuis, je peux exactement dire ce qu’il va délivrer aux mauritaniens et comment cela va être organisé en lui servant des journalistes qui lui passeront les plats souvent à l’insu de leur compétence car que peuvent-ils bien lui poser comme questions ?
 
  1. Lui reparler du 3ème mandat
  2. Lui donner l’occasion de dire que le peuple a remis à sa place l’opposition
  3. Lui permettre de faire une offensive contre ses frères ennemis de Tawassoul en les présentant comme les représentants du diable qui a mis à feu et à sang le monde arabo-musulman
  4. Lui permettre de se féliciter de l’indépendance de la CENI et de la victoire de la démocratie
  5. Lui permettre de parler de son bilan dans tous les domaines surtout la sécurité, le courant, l’eau, le goudron
  6. Lui permettre de dire qu’avant lui, il n’y avait rien
  7. Lui permettre de rappeler qu’aucun journaliste n’est en prison et la liberté d’expression est totale
  8. Lui permettre de dire que l’état fait ce qu’il peut pour aider la presse grâce à un fonds spécial
  9. Lui permettre de noter que les opposants ont fini par se libérer du boycott contreproductif
Etc.
 
 
Je n’ai donc pas regardé l’interview jusqu’à ce qu’un réseau social fasse apparaître l’événement en direct sur mon fil d'actualités. Je venais de rater la première heure. J’ai donc vu le jardin, avec Aziz au centre derrière sa table chinoise copie d’un style français d’époque comme on dit, face à lui 3 maures blancs (dont une femme) et un négro-mauritanien. Toujours pas de journaliste hartani mais cela correspond apparemment à la vision azizienne qui considère qu’il n’y a que des maures, les hratines n’existent pas, ce sont des maures comme les autres sauf qu’on ne les voit jamais promus aux plus hautes responsabilités dans son gouvernement même quand il s’agit d’une brochette de journalistes.
 
Comme ils étaient 4 journalistes, s’ils avaient pris un beïdane, un hartani, un négro-mauritanien et une mauresque cela eût fait deux noirs pour deux blancs, ce qui est contre les statistiques insondables de la propagande. Il faut toujours plus de blancs dans la Mauritanie Nouvelle et du noir pour noyer le poisson mais ce noir, comme au gouvernement, doit être surtout négro-mauritanien jamais hartani car les hratines ça n’existe pas pour Aziz comme si pour lui il ne s’agit que des amis de Birame à marginaliser.
 
Passons.
 
 

Derrière, en arc de cercle, les ministres et autres conseillers comme autant de statues avec le fameux air responsable à savoir tirer la gueule au maximum ce qui a l’avantage de ne laisser transparaître aucune émotion qui puisse trahir ses pensées. Exception faite de ceux qui étaient directement derrière Aziz donc plein champ à savoir le PM, le ministre de l’économie et un autre : eux devaient anticiper l’humour du président pour sourire avant ou acquiescer de la tête quand il dit quelque chose de lumineux.
 
Passons.
 
J’ai donc pu revoir Aziz que j’avais perdu de vue depuis quelque temps, un an peut-être que je ne l’écoute plus et ne le vois qu’en photo. Il avait l’air plus en forme que jamais machallah. On sent qu’on a affaire à l’incontestable homme fort du pays. Il était de bonne humeur sachant qu’il ne risquait rien face à ces journalistes, il s’est donc laissé aller.
 
J’aime bien l’entendre rire quand c’est naturel cela permet de voir un peu l’homme derrière l’air responsable sauf que son rire est allé un peu loin quand le doyen Sy lui a parlé, avec beaucoup d’innocence, de la situation financière des journalistes depuis que le pouvoir interdit tout abonnement venant de l’administration.
 
Là Aziz avec un sourire cruel et l’œil brillant (je vous évite la capture d’écran), lui a lancé « ce que vous dites me touche » car en effet quelle idée d’attendre d’un autocrate qu’il permette à la presse plurielle de respirer surtout celle qui ne lui épargne rien.
 
Aziz lui a bien répondu en expliquant qu'avant cette mesure, certains cadres de l'administration profitaient de ces abonnements à la carte pour les surfacturer à l'état ou corrompre les journalistes.

Pauvre monsieur Sy qui a continué croyant toucher le maître de Nouakchott « mais à ce rythme vous n’aurez plus ni presse ni TV ».
 
L’innocence du doyen pourrait faire pleurer les pierres mais pas Aziz et son terrible sourire.
 
 
Ironie de l'histoire révisée : alors que les questions étaient posées par les maures en arabe, Aziz, gardien de la constitution, n'a pu répondre qu’en deux langues exclues de la constitution : le hassanya et le français. Bilan, la majorité du peuple n’a compris que ses réponses et les négro-mauritaniens qui ne parlent ni arabe ni hassania n’ont eu droit qu’à l’échange pathétique avec le doyen Sy.

VLANE

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