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un grain de sable pour secouer la poussière...

Abderrahmane Mohamed Cheikh, secrétaire général du parti de l’Avant-garde : ‘’ Le dossier Bouamatou

Jeudi 2 Novembre 2017 - 07:50

: un scénario médiocre, assorti d’une piètre réalisation, avec des moyens techniques archaïques’’


Abderrahmane Mohamed Cheikh, secrétaire général du parti de l’Avant-garde : ‘’ Le dossier Bouamatou
Avant-garde des Forces de Changement Démocratique (AFCD) est un parti fondé par des dissidents de la mouvance Zeïn ould Zeïdane qui choisirent de voter Ahmed ould Daddah, au second tour de l’élection 2007. Organisés en groupe, jusqu’aux premières lueurs de la fronde parlementaire contre le Président Sidi, ces autonomes se déclarèrent, au lendemain du putsch, parti fondateur du FNDD, aux côtés d’autres. Depuis, l’AFCD est ancrée dans l’opposition communément appelée radicale, aux côtés de l’UFP, l’UNAD et le PLEJ, constant noyau dur des différentes formations - FNDD+RFD, COD et FNDU – qui se formèrent par la suite. Son président actuel, Moulaye El Arby ould Moulaye Mohamed, a succédé au professeur Outouma Soumaré. C’est son secrétaire général, monsieur Abderrahmane Mohamed Cheikh, qui répond à nos questions.
 
Le Calame : Selon des rumeurs qui circulent dans les media et salons de Nouakchott, le FNDU, qui avait réussi  à former un front (G8) opposé au referendum, peine à  désigner, à sa présidence tournante, un successeur à Jemil ould Mansour, président de Tawassoul.  Les raisons avancées seraient des divergences, entre le pôle politique et diverses personnalités indépendantes. Pouvez-vous éclairer les Mauritaniens sur ces guéguerres ?
Abderrahmane Mohamed Cheikh : Les relations, entre les composantes du FNDU, sont excellentes ; en particulier celles liant le pôle des partis politiques et celui des personnalités indépendantes, en contact et échanges permanents.
Normalement la présidence du FNDU doit revenir au  pôle  de la Société civile, mais, refusant, à juste titre, de s’impliquer dans des problèmes d’ordre politique, il ne brigue pas le poste. Deux candidatures ont été évoquées: le président Maouloud, porté, par ses pairs, en prévision des soubresauts de la scène politique  et pour ses qualités de personnalité consensuelle et apaisée, et le bâtonnier Bouhoubeïni qui en occupa déjà la fonction, par le passé, appuyé par son pôle.
Apres concertation avec son candidat, le pôle des personnalités indépendantes s’est désisté en faveur du candidat du pôle politique. Un communiqué en ce sens a été d’ailleurs publié dans la presse.
 
Les membres et sympathisants des partis du Forum attendent une rentrée politique qui tarde à se produire. Les prétendues divergences ci-haut évoquées seraient-elles à l’origine de ce retard ?
- Ce retard est relatif, par rapport aux rentrées des années précédentes, compte-tenu des nombreux et majeurs évènements politiques de celle-ci : dialogue exclusif, organisé, par le système, en l’absence des forces vives du pays (FNDU, RFD et UNAD), impopularité des réformes politiques retenues à l’issue de ce dialogue ou, plutôt, monologue, transgression manifeste des dispositions constitutionnelles, par la volonté du général à faire passer, en force, ses réformes anticonstitutionnelles, vote historique et hautement démocratique des sénateurs, boycott unanime et légitime du referendum, par les forces politiques organisées au sein du G8, renonciation  historique des populations à légitimer la mascarade de cette pseudo-consultation (im)populaire,   résistance héroïque des sénateurs, en réaction au putsch en cours, recours du système en place aux méthodes des Etats totalitaires, par l’instrumentalisation de la police et de la justice, à des fins d’intimidation à l’encontre des sénateurs, des syndicalistes et des journalistes, pluviométrie catastrophique qui menace l’équilibre de la vie rurale et, pour couronner tristement le tout, démission de l’Etat, au plus haut niveau, à ébaucher, de manière consensuelle, responsable, durable et efficiente, des solutions aux problèmes de santé, d’éducation, de justice  et  de précarité de la vie du citoyen…Toutes ces péripéties devaient être, certes, des vecteurs du sursaut des forces vives de la Nation, à travers le G8, d’autant plus que la mémoire populaire retient Août en mois de la délivrance.
Au sein des instances du FNDU, nous avons dressé le constat de la période, de manière loyale et rigoureuse. Nous nous engagerons, dès cette semaine, à exécuter un programme d’action à la hauteur des ambitions de nos militants, susceptible de mettre fin au calvaire des citoyens mauritaniens et à la gestion chaotique du système en place.
 
-  Que vous inspire le développement du dossier « Bouamatou et consorts » ?
- Sincèrement, ca m’inspire les premières Telenovela des années 80 : un scénario médiocre, assorti d’une piètre réalisation, avec des moyens techniques archaïques. Les régimes totalitaires, en perte de vitesse dans ce pays, se sont toujours accrochés à ce genre de mise en scène, espérant relancer l’union sacrée perdue, au fur et à mesure que leur insuffisance se révélait au grand jour. Nous avons vécu les années 80, avec Haba et Cie, la fièvre des nationalistes arabes, le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé et les répressions qui s’en suivirent, les années 90, avec la dissolution des partis à tour de bras, les années 2000, les islamistes et cie, le GRAB et les révolutions de palais. Une fuite en avant qui présage une fin programmée de règne...
 
Le gouvernement a adopté, il y a quelques semaines, une loi sur la confiscation des biens des personnes  arrêtées  ou condamnées. Qu’en pense l’AFCD ?
- La fondation d’institutions parallèles est une des armes fatales du système, afin de vider l’Etat de sa consistance et asseoir son emprise totalitaire. Dans un Etat de droit qui se respecte, cela relève des décisions de justice et des services des Domaines. Le citoyen moyen, victime d’une opération d’appauvrissement à grande échelle, aurait bien voulu voir la police et le pôle économique éclairer l’opinion sur les activités du  Madoff national et ses couvertures. Les banques, les notaires, la DGI, les intermédiaires en tout genre, les acteurs de la vie économique informelle, la composante immobilière de l’économie nationale sont condamnés à l’effondrement, par des pratiques peu scrupuleuses, dignes d’un Etat mafieux.
 
Le silence est aussi prévisible, du côté du pouvoir qui  consacre ou concentre ses efforts sur les préparatifs de la célébration de notre anniversaire  à Kaédi, en Novembre prochain, au cours de laquelle le nouveau drapeau et  le nouvel hymne national seront dévoilés aux Mauritaniens. Que vous inspire le choix de Kaédi, pour inaugurer ces nouveaux symboles nationaux, fortement contestés par le Forum ?
- Ka Hegu ou Ka a faim, les quartiers mythiques de Touldé, Tantadji, Gataga et, plus récemment, Inity, Tenzah ou Wandama sont envahis, au gré des saisons, par l’eau, la poubelle et l’insécurité, aucun programme d’urbanisation ou de modernisation de la ville, les PPG jetés aux oubliettes, la jeunesse locale condamnée au chômage. Il y a longtemps, le bateau Bou El Mogdad passait déjà par là, le PPM  tenait des réunions historiques, en 1958 et 1963, dans un Kaédi alors prospère.
La cérémonie en l’honneur des martyrs des exactions d’Inal, El Azlatt et autres casernes, hormis le côté festif, le fond de la problématique est resté lettre morte, en terme de pacification de la vie politique et sociale…A contrario, les jeunes de la ville ont été sévèrement réprimés, avec mort d’homme, à la suite de manifestations pour le droit d’accès à l’état-civil.
Eu égard à l’histoire de cette ville et aux promesses non tenues du général, lors de la Prière funèbre, nous appelons les habitants de Kaédi à d’autant plus boycotter cette commémoration qu’ils ont rejeté, avec force, le referendum à l’origine des changements d’hymne et de drapeau.     
 
La crise économique, qui se traduit par la dépréciation continue de l’Ouguiya, risque fort d’être accentuée, avec le grave déficit pluviométrique enregistré par le pays. Que peut faire le gouvernement  qui  vient de rectifier son budget 2017 ?
- La rectification du budget n’est, malheureusement pas, une exception, depuis l’avènement du régime du général. Faisant fi des lois et règlements en vigueur, le système en place usera de plus d’un tour, pour colmater hâtivement les brèches : planche à billets, prêts exorbitants et hors cadre légal, rançonnages en tout genre... Mais tous les indicateurs sont au rouge, de l’avis, aussi bien, des spécialistes intérieurs que des institutions partenaires au développement de la Mauritanie : marge de manœuvres de l’Etat réduite par le marasme économique, perceptible même au sein des soutiens et appuis du pouvoir ; pluviométrie exceptionnellement basse, en milieu rural et même au Mali voisin ; contraintes drastiques d’une possible souscription à un plan d’ajustement du FMI ; tous les ingrédients d’une grogne sociale sans précèdent sont réunis, en ce qui  devait être la dernière ligne droite de l’ultime  mandat du général, et c’est au G8 de resserrer les rangs, pour en récupérer les dividendes.   
 
-   La Mauritanie est en perpétuelle  divergence  avec ses voisins, le Maroc et le Sénégal surtout.  Connaissez-vous les raisons  de ses frictions avec nos proches immédiats ?
- Les velléités expansionnistes démesurées du Royaume chérifien n’étant plus d’actualité, chauvinisme mis à part, le modèle démocratique et l’Etat de droit sénégalais imposent le respect et séduit bon nombre de voisins, d’une part, et d’autre part, la réussite de la monarchie constitutionnelle et la place accordée aux partis politiques, dans la gestion décentralisée réussie du Maroc, l’extension de ses activités économiques  aux pays de la sous-région (Mali, Guinée, Niger, Burkina…),  finiront par imposer un partenariat économique et un transfert de compétences profitable aux populations des trois entités, à court et moyen termes.
L’avènement d’une démocratie véritable, en Mauritanie et en Algérie, les relations humaines, séculaires, entres les différents peuples et les besoins d’une économie sous-régionale puissante, ajoutés à l’exploitation de nouvelles ressources naturelles, ici et là, ne manqueront pas de poser les jalons d’un fédéralisme à long terme, pour faire face aux défis en tout genre. 
 
Le dossier du Sahara occidental mine  l’Union du Maghreb arabe et les récentes déclarations du ministre algérien des Affaires étrangères, accusant le Maroc de blanchir de l’argent de la drogue,  en Afrique de l’Ouest, par banques interposées, sont venues envenimer cette tension. Pensez-vous  que la position  de la Mauritanie  sur le dossier  du Sahara occidental est « sage » ?
- Tant que la Mauritanie et l’Algérie sont aux mains des généraux,  le problème du Sahara et celui de l’Azawad ne connaîtront aucune issue durable et consensuelle. Le jour où des régimes légitimes et démocratiquement élus arriveront au pouvoir, soucieux de l’intérêt suprême des peuples, de leur émancipation, de leurs droits à une vie paisible, de la stabilité et de la sécurité de la sous-région sahélo-saharienne, les peuples Sahraoui et de l’Azawad prendront en main leur destinée, dans le cadre des résolutions des Nations unies et d’accords consensuels et apaisés. 
 
Nombre d’observateurs s’étonnent de l’attitude de la Mauritanie, dans la mise en place des forces du G5 Sahel. Selon une information publiée par RFI, notre pays traînerait les pieds, dans  sa contribution à l’initiative commune. Que vous inspire l’attitude du président ould Abdel Aziz, alors que la Mauritanie abrite le siège du G5 ?
- Heureusement que la diplomatie française revient à la raison. Au sein de l’opposition, la France en marche et celle des Insoumis comptabilisent les retombées des politiques étrangères de la France-Afrique, de la diplomatie des œuvres d’art de valeur et de la tente de Khadafi à l’Elysée. Les régimes ripoux, en Afrique, sont à la solde du plus offrant et la valeur-refuge,  aujourd’hui en Mauritanie, c’est le troisième mandat ! Nous gardons bien en mémoire la déclaration de l’ambassadeur en poste à Nouakchott, la veille du putsch des généraux, « officiers valeureux qui veillent à la sécurité du pays ». Ceux-ci ont, entretemps, perdu de la valeur et lorgnent du côté des affaires que recèle l’immense désert : orpaillage, cigarettes, déchets informatiques, minerais, etc.
Il est temps que la France républicaine accorde, aux peuples des anciennes colonies ne jouissant pas encore d’une démocratie véritable, la liberté de choisir leurs gouvernants et de rompre, définitivement, avec les régimes d’exception.
 
- La SONIMEX est engluée, depuis quelque temps, dans des problèmes de gouvernance. Êtes-vous satisfait  du rôle qu’elle joue, dans la régulation des prix, en général, et de sa place, dans les différents  plans d’urgence pour juguler les méfaits de la sécheresse, en particulier ?
- Cette société fut fondée lors du premier régime d’Ould Daddah. Après la libéralisation du commerce, dans les années 90, son rôle devint de faire concurrence aux importateurs privés, pour les obliger à appliquer des prix raisonnables, dans l’intérêt du consommateur. Elle eut à intervenir, à maintes reprises dans les précédentes décennies, pour traduire la réelle volonté politique, à l’époque, d’aider le citoyen, en matière de prix des denrées de première nécessité. Malheureusement pour le consommateur mauritanien, elle a été réduite, sous ce régime, à un simple appendice d’un importateur privé, bien connu de tous, et dont les liens, avec le régime, ne sont pas à démontrer. Cet importateur est devenu, pratiquement, l’unique fournisseur de la SONIMEX et du CSA. Quel est donc le rôle, aujourd’hui, de la SONIMEX, alors qu’elle n’importe plus ni un seul grain de blé, ni un seul grain de riz, ni un seul grain de sucre ?
Le jeu du régime, aujourd’hui, avec la SONIMEX, se résume comme suit. Il conçoit un programme, avec des dizaines de milliards d’ouguiyas, en affichant, en titre, la SONIMEX et le CSA, mais dont les produits seront achetés, exclusivement, chez l’importateur béni, avec des marges colossales… et derrière, l’Etat subventionne. C’est ça le rôle, aujourd’hui, de la SONIMEX : régulariser l’arnaque à grande échelle, pour engraisser la clique du régime, sous le titre d’un programme pour les plus démunis.
Propos recueillis par Dalay Lam
 
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