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un grain de sable pour secouer la poussière...

Face à Aziz, Ghazouani doit savoir que le respect ne se négocie pas, il s’impose…

Mardi 3 Décembre 2019 - 21:09


Aziz goûte aujourd’hui, ce qu’a goûté avant lui Ely Ould Mohamed Vall en se retirant, croyant pouvoir revenir au pouvoir démocratiquement comme l’a fait avant lui un certain Amadou Toumani Touré au Mali avant sa triste fin dévalant la colline de Koulouba en prenant ses jambes à son cou. ATT aussi avait eu son heure de gloire militaire : coup d’état avec le soutien populaire, puis il a dirigé une transition démocratique avant de livrer le pouvoir à un président élu. Ensuite il devient envoyé spécial de l’ONU en République Centrafricaine avant de revenir gagner l’élection présidentielle 10 ans plus tard…
 
Ely, Allah yarahmou, après son coup d’état contre Taya, après avoir dirigé la transition et fait élire Sidioca, rêvait aussi de revenir plus tard mais Aziz fit un autre coup d’état et on connaît la suite…
 
Aziz voulait aussi le prestige d’être un putschiste civilisé qui finit par laisser le pouvoir à un civil élu pour ensuite revenir comme Poutine mais la Mauritanie n’étant ni la Russie ni le Mali et Aziz n’étant ni Poutine ni Ely, ni même ATT, son projet semble boire la tasse...
 
Rien de ce qu’il avait prévu ne s’est réalisé : il était tenté par un 3ème mandat mais on commence à comprendre que l’armée n’en voulait pas, il a voulu partir en plaçant un Sidioca bis mais c’est Ghazouani qui a réussi à imposer sa candidature. Il a voulu devenir médiateur de l’ONU en Libye mais les puissances qui connaissent sa loyauté et son goût pour le brouillard n’ont pas voulu de lui malgré le soutien de ses amis tyrans africains installés depuis des décennies et chez qui les opposants disparaissent sans laisser de trace.
 
Le voilà de retour à Nouakchott prêt à en découvre avec son frère d’armes fraîchement élu qu’il a pourtant officiellement soutenu. Frère d’armes qui lui a tenu l’armée pendant qu’il était entre la vie et la mort le ventre troué à Paris, frère d’armes qui lui a permis de faire 10 ans en Boeing à visiter le monde, devenir l’ami des roitelets et faire ce que bon lui semble de la Mauritanie et de ses richesses car il était le président de la république, chef des armées.
 
Aujourd’hui, il est clair pour tout le monde qu’Aziz ne veut pas laisser Ghazouani gouverner en paix sachant combien le marabout est conciliant et fidèle en amitié, conscient qu’une guerre ouverte entre eux serait une catastrophe vu que chacun a ses partisans dans l’armée et chacun étant au fait de tout ce qui s’est passé depuis 2005.
 
Ceux qui disent à Aziz de remercier le Ciel d’avoir après lui un Ghazouani pour le protéger de ses mille ennemis mauritaniens et étrangers, sachant qu’Aziz à des états à ses trousses, ne savent pas qu’Aziz n’a que 2 passions : l’argent et le pouvoir et tous ceux qui ont fait fortune, vous diront qu’au-delà d’un certain seuil, avoir plus d’argent compte mais ce n’est plus tout, il faut remplir le vide laissé par la perte des soucis d’argent.
 
 

Il y a mille façons de se rendre utile et profiter de la vie mais quand on est comme Aziz et qu’on a goûté au pouvoir absolu dans un pays comme le nôtre, y renoncer c’est comme un toboggan vers la dépression.

Qui peut imaginer ce que fut la vie d’Aziz pendant dix ans ? En une fraction de seconde il est passé du Aziz qu’on a vu s’occuper du service d’ordre lors du retour du corps du père de la nation à Aziz co-organisateur du sommet Afrique-USA assis à côté d’Obama. Qui peut savoir ce que c'est que de pouvoir dicter ses lois, ses désirs à un état et diviser un peuple, avoir le droit de tout faire dans tous les domaines de la sécurité à l’économie en passant par la coopération avec les puissances étrangères ?
 
Qui peut savoir ce que c’est que d’avoir devant soi que des gens prêts à tout pour vous plaire et exécuter les idées même les plus extravagantes : ventre tout, acheter n’importe quoi, se lever un matin et changer de drapeau, un autre jour imposer un hymne égyptien, puis changer une monnaie etc.
 
Qui peut savoir ce que c’est pour un arabo d’être reçu comme le cousin d’Afrique par un roi d’Arabie qui vous parle d’égal à égal ? Qui peut imaginer ce que c’est d’avoir autour de soi des hommes entrainés et surarmés pour vous défendre, avoir des gens pour écouter les échanges de tous vos amis et ennemis ? Qui peut savoir ce que c'est de voir vos coffres qui se remplissent d’or et les biens qui s’accumulent à l’étranger sachant qu’on est parti de rien et qu’on craint pour sa vie si on perd le pouvoir ?
 
Qui peut savoir ce que c’est ensuite quand il ne reste plus que l’argent mais rien dans le regard des gens, le téléphone qui sonne peu, les renseignements devenus distants, le vide autour de soi car vos amis ce sont les rois et les tyrans qui n’ont plus rien à vous dire vu que pour eux vous n’êtes plus rien ou si peu ; au mieux une vieille source…
 
On comprend alors ce qui a pu électriser l’esprit d’Aziz : reprendre la main politique pour exister et vite reprendre le pouvoir car un Ghazouani ne pourrait pas faire le poids et s’il tente de résister, que peut-il face à un homme si riche et désormais avec des contacts si puissants ?
 
 

Ghazouani semble jouer encore la carte de l’apaisement mais il se trompe. En Mauritanie, il ne peut y avoir qu’un chef et si cette crise dure longtemps alors on finira par croire que Ghazouani craint quelque chose et Aziz ne lâchera jamais l’idée de revenir par tous les moyens.
 
A ce niveau d’expérience du pouvoir et d’obsession, Aziz ne peut pas s’arrêter sauf s’il sait qu’il risque gros pour raison d’Etat car il ne s’agit plus de lui et de son ami mais il s’agit de savoir si ce pays est aux mains d'Aziz ou d'un pouvoir qui a décidé de changer de tête : c’est toute la question.
 
On espère qu’Aziz va devenir raisonnable au moins pour un mandat. C’est d’ailleurs ce qu’il aurait dû faire mais sa réaction prouve qu’il est sous le coup de l’obsession du pouvoir et cela risque de lui coûter cher comme Ghazouani risque tout, d'abord sa crédibilité, s’il ne saisit pas vite que le « respect ne négocie pas, il s’impose… »
 
 Ahmed Ould Soueid Ahmed

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