La Banque centrale de Mauritanie (BCM) a présenté mercredi 23 septembre à Nouakchott l’ouvrage Une histoire de la monnaie en Mauritanie, sous-titré La Banque centrale de Mauritanie et l’indépendance monétaire. Le livre, signé par l’anthropologue Abdel Wedoud Ould Cheikh et par l’expert-comptable et docteur en anthropologie Mohamed Fall Ould Bah, paraît aux éditions Karthala, dans la collection Hommes et sociétés, et compte 380 pages.
Il s’agit de la première publication que l’institution consacre à l’histoire de la monnaie nationale.
La cérémonie s’est tenue en marge de la vingtième réunion annuelle du Groupe des directeurs de formation des banques centrales francophones, que la BCM accueille à Nouakchott depuis le 22 septembre. Ouverts par le gouverneur Mohamed Lemine Dhehby, ces travaux portent sur la formation comme levier de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences dans les banques centrales.
L’ouvrage retrace l’histoire monétaire d’un espace qui dépasse les frontières actuelles du pays. Il part des instruments d’échange qui ont accompagné le développement du commerce transsaharien et atlantique, puis rappelle l’intégration de la région dans la sphère monétaire française à partir de la colonisation. Le cœur du livre suit le processus qui a conduit la Mauritanie à quitter l’Union monétaire ouest-africaine et la zone franc en 1973 pour créer sa propre monnaie. L’ouguiya a été mise en circulation le 29 juin 1973 en remplacement du franc CFA, au taux d’une ouguiya pour cinq francs, et la BCM a été créée la même année pour en assurer l’émission.
Les auteurs analysent les défis qui ont accompagné cette rupture avec la monnaie héritée de l’ancien colonisateur et le rôle joué par la banque centrale dans la construction de la souveraineté monétaire. Le livre propose aussi une présentation complète de l’institution, de sa vie interne et de sa place dans le financement de l’économie nationale au fil des décennies.
Abdel Wedoud Ould Cheikh est professeur émérite d’anthropologie et de sociologie à l’Université de Lorraine et l’auteur de nombreux travaux de socio-anthropologie historique sur l’espace mauritanien. Mohamed Fall Ould Bah, spécialiste de finance islamique et de microfinance, est membre fondateur et secrétaire général du Centre d’études et de recherches sur l’Ouest saharien.
Déjà référencé en librairie en France au prix de 30 euros, l’ouvrage fait l’objet avec cette cérémonie de son lancement officiel en Mauritanie. La BCM entend ainsi documenter et préserver une part de la mémoire monétaire et institutionnelle du pays, et mettre à la disposition du public et des chercheurs un ouvrage de référence, à un moment où la stabilité de l’ouguiya et la gestion des réserves reviennent au centre du débat économique.
Le « Vieux Sage » des billets mauritaniens : Ahmed Ould Daddah lève enfin l’équivoque
Pendant des décennies, le visage du « Vieux Sage », apparu en filigrane sur les billets mauritaniens à partir de 1974, a alimenté les interrogations. Qui était cet homme ? Était-il un personnage connu de l’histoire ou de la société mauritanienne ? Son identité avait donné lieu à diverses interprétations, faute d’une explication permettant de trancher.
Une réponse est finalement venue de celui qui était directement au cœur de cette histoire. Ahmed Ould Daddah, premier gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie, a confirmé mercredi après-midi, 23 septembre, lors de la présentation de l’ouvrage La Banque centrale de Mauritanie et l’indépendance monétaire, que le visage figurant en filigrane sur les billets ne correspondait pas à une personnalité mauritanienne identifiée.
L’information a été donnée en réponse à une question posée au cours de la rencontre organisée à l’hôtel Sheraton. Elle vient ainsi confirmer le récit que le conservateur du Musée de l’Ouguiya rapporte depuis plusieurs années à ses visiteurs : en 1974, au moment de la préparation de la nouvelle série de billets, Ahmed Ould Daddah avait découvert à Gorée un tableau de la peintre Myrto Debard, représentant notamment un vieil homme aux traits mauritaniens. Il acheta le tableau et en retint le portrait pour le projet des nouveaux billets.
Le choix n’était pas sans signification. Lors des discussions consacrées aux nouvelles images devant figurer sur la monnaie nationale, le président Mokhtar Ould Daddah avait insisté sur un principe : aucune représentation ne devait pouvoir être revendiquée par une région, une ethnie ou une tribu. Le visage anonyme du « Vieux Sage » répondait précisément à cette exigence : un visage mauritanien sans nom, sans généalogie et sans appartenance particulière.
Cette précision prend aujourd’hui une dimension particulière pour la mémoire de la monnaie nationale. Le premier gouverneur de la BCM n’est pas un témoin indirect de cette histoire : il en fut l’un des acteurs. Sa parole vient donc éclairer une énigme qui avait survécu à plusieurs générations de billets et à plus d’un demi-siècle de circulation.
Le hasard de cette histoire conduit enfin jusqu’à Myrto Debard (1900-1983), peintre française installée à Gorée et profondément attirée par les hommes et les paysages du Sahara. Ses voyages au Niger, au Mali et en Mauritanie nourrirent son œuvre, et elle séjourna à plusieurs reprises en Mauritanie, où elle exposa notamment à Nouakchott. Le portrait découvert à Gorée par Ahmed Ould Daddah s’inscrit ainsi dans l’univers d’une artiste qui avait consacré une partie de son travail aux visages et à la vie du désert.
La soirée du 23 septembre aura ainsi apporté, au-delà de la présentation d’un ouvrage consacré à l’histoire de la Banque centrale, une pièce importante à l’histoire de la monnaie mauritanienne. Une question longtemps restée ouverte trouve désormais sa réponse auprès de celui qui participa directement à la naissance de cette monnaie : le « Vieux Sage » n’était pas un personnage à identifier, mais un visage mauritanien anonyme choisi pour représenter la nation sans l’enfermer dans une appartenance particulière.
Le livre présenté ce soir-là est, selon ses auteurs, le fruit d’une commande de la Banque centrale destinée à retracer l’histoire de la monnaie, de l’institution et de leur évolution. Ils ont toutefois souligné que ce travail ne les empêchait pas de prendre certaines distances avec le récit institutionnel. Cinquante ans après, une chose demeure : le défi posé par les autorités monétaires en 1974 — donner à la monnaie nationale une image qui rassemble — continue de se lire jusque dans ce visage anonyme imprimé dans la trame des billets
quotidien de nouakchott

Du franc CFA à l’ouguiya en 1973 : la Banque centrale de Mauritanie présente à Nouakchott l’histoire de la monnaie nationale
