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un grain de sable pour secouer la poussière...

Aujourd’hui ma rencontre avec le célèbre bouffon écarté par Ghazouani

Jeudi 18 Avril 2019 - 13:51

Depuis mon retour à Nouakchott, j’ai enfin eu le temps de commencer à prendre un café avec des amis.  L’occasion d’aller tester le Timeless dont j’entends parler depuis bien longtemps. On essayera la carte un autre jour, en attendant on s’installe à la terrasse pour prendre un café et quelques fraîcheurs.
 
Je m’excuse auprès de mes amis activistes négro-mauritaniens, mais nous n’étions qu’entre Ould, par contre le serveur était noir ; certainement un négro-mauritanien ou un étranger car on ne voit pas de hratine au service dans les cafés chic.
 
Pendant qu’on bavardait en plaisantant de tout de rien, je vois arriver en face un 4X4 de perchmerga ayant percé mais au volant nul célèbre journaliste de la place qui pourtant vend un canard à 20 mru pièce avec un tirage dont la somme hebdomadaire ne peut rapporter une roue de ce bolide.
 
Pour l’avoir vu sur internet récemment lors de la polémique, j’ai reconnu tout de suite le célèbre bouffon qui est descendu d’un pas de vizir en fermant la porte comme il a vu les patrons le faire. Ironie du sort, il est devenu si célèbre que je l’annonce à mes amis en baissant la voix comme s’il s’agissait d’une personnalité ou d’un commissaire du temps de Taya.
 
A cette annonce, un ami fin me relance son nom avec un regard de statue pour que je confirme mais ne se retourne pas par politesse ne sachant si le bouffon m’avait vu parler, de peur qu’il ne sache qu’on parle de lui. Par contre, mon autre ami, le grand seigneur néo-féodal, tourne la tête sans forcer l’angle comme s’il exigeait que le domestique entre de lui-même dans son champ de vision.
 
L'hurleur multimillionnaire arrive à la terrasse, salue délicatement deux charmantes demoiselles et entre dans le restaurant par la porte face à lui sans s’arrêter à notre table à sa droite qu’il ne pouvait pas ne pas avoir vue car il a garé sa voiture en face de nous.  Cette négligence piqua silencieusement l’orgueil de mon ami le bourgeois féodal car il trouva cela humiliant devant les femmes vu que cela signifiait qu’il n’était pas assez fortuné ni puissant pour être vu et salué par le bouffon.
 
Depuis cette indifférence, mon ami le modeste bourgeois n’écoutait plus ses amis que d’une oreille, guettant de l’autre le bouffon qui l’avait négligé.
 
Après avoir fait le tour du restaurant et parlé avec qui il avait rendez-vous ou ayant fait son tour de chasse au hasard des rencontres, le bouffon retourna à la terrasse du côté ouest pour discuter avec d’autres jeunes mauresques. Mon ami le féodal toujours fâché l’air de rien, nous  lança pour se venger de l’indifférence du bouffon «  regarde, il prend les numéros, il va certainement les vendre ».
 
Vu qu’il savait que le bouffon n’allait pas venir s’il l’appelait tout de suite, mon ami lui laissa finir son entretien avec les jeunes filles pour ne l’interpeller qu’une seconde avant que la discussion s’achève, faisant ainsi croire qu’en l’appelant, il accourait.
 
Le multimillionnaire vint à nous avec un air sympathique ne sachant trop à qui il avait affaire mais voyant le bourgeois modeste l’appeler de son prénom avec un ton de maître, il ne voulait pas insulter l’avenir en arrivant l’air gonflé.
 
Sachant que les jeunes filles regardaient le bouffon répondre à l’appel, mon ami, le Casanova sans trop le sou, voulut montrer qu’il pouvait parler à ce bouffon des rois avec un ton supérieur et le retenir suffisamment longtemps pour impressionner les filles car elles savent que ce monsieur n’a pas de temps à perdre avec les gens fauchés ou sans pouvoir politique.
 
Tout de suite mon ami lui lâcha «  il paraît que Ghazouani t’a chassé ». J’ai eu mal pour le bouffon car c’était dit avec un ton de tyran. Le multimillionaire s’est tout de suite dit qu’il a fait une erreur en entrant sans saluer cette table car le ton de ce monsieur annonce assurément un patron surtout sachant que le bouffon est célèbre avec un bras long.
 
A la pique, le multimillionnaire fit une réponse sublime : «  Ghazouani maye goul klam el khasseur » «  Ghazouani ne dit pas de paroles déplacées ».  Cette réponse fit l’effet d’un bombe silencieuse chez mon ami diplomate qui s’est dit «  merde, il risque d’aller dire que je prête à Ghazouani des paroles douteuses » et se rattrapa avec un ton plus doux en disant, les yeux fuyant le bouffon et plongés dans son omelette «  non, c’est juste quelqu’un qui m’a dit qu’on t’avait éloigné car tu as dérangé Ghazouani récemment ».
 
Le fin bouffon comprit que la menace avait porté ses fruits et se radoucit voyant à quoi le modeste féodal faisait allusion car en effet, le bouffon avait exagéré et Ghazouani a dû interrompre son discours pour le recadrer.
 
L’échange de cartes de visite ayant produit de part et d’autre tous les effets plus ou moins escomptés, mon ami le bourgeois voulait trouver une porte de sortie et en finir avec ce bouffon avant que la discussion ne dégénère et que les filles n’entendent que le ton acéré du bouffon n’est pas celui qu’il prend avec les patrons.
 
C’est alors que mon ami le féodal, toujours partant pour plaisanter, me jeta comme une lahme au terrible bouffon car il savait bien que ne me connaissant pas, il n’allait voir qu’un métis, en tenue d’ouvrier avec ce pantalon à larges poches, ce casque de moto, ces chaussures trop toubabs, cette barbe blanche comme une touche finale à l’image fauché du personnage et sans le moindre pouvoir de nuisance.
 
C’est ainsi que mon ami lui dit «  as-tu déjà vu un beidâne habillé comme ça ? ». Le perspicace mendiant professionnel comprit que c'était un ordre de patron de plaisanter à mes dépens pour égayer la table et il jeta sur-le-champ sur ma dépouille son fin scanner mais n’ayant pas entendu ma voix ni vu mes yeux car je regardais ailleurs, l’inspection ne pouvait être complète. Assez en tout cas pour l'autoriser à plaisanter «  bien des mauritaniens s’habillent désormais comme ça, c’est moderne mais notre ami a juste l’air fatigué » ; ce qui fit sourire l'assistance, moi y compris, car le mot fatigué signifie fauché chez les africains.
 
Comme je me sentais bien désarmé à cause de mon hassanya en gruyère, je ne voulais pas répondre afin d'éviter des familiarités avec cette créature mais j’ai pensé à me lever et partir pour mettre un terme à cette situation dégradante où mon ami le modeste bourgeois me jetait en pâture à un vulgaire bouffon. Ce qui m’a retenu de me lever c’est que l’aplomb de mon départ allait être ridiculisé par le départ en scooter fatigué garé à l'entrée qui allait alimenter le souvenir de cette langue de serpent et amuser la galerie à la terrasse.
 
Je n’ai donc pas dit un mot, le bouffon n’a pas insisté et mes amis voyant certainement que je ne goûtais pas cette plaisanterie, n’ont pas insisté. Après un petit silence mondain, le multimillionnaire nous a dit au revoir gentiment et il est remonté dans son bolide, le téléphone à l’oreille et le regard plongé vers une adresse plus prometteuse…
 
Nous faisons un bien mauvais procès à ce genre de personnage car c’est un pur produit de notre respectable culture. Il faut juste l’éloigner de la scène politique. Dommage que les éloges pratiqués soient à l’image vulgaire de notre époque mais après tout qu’importe, nous sommes tous plus ou moins des bouffons, la fortune en moins.
 
VLANE

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