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un grain de sable pour secouer la poussière...

Ahmedou Ould Abdellah a raison : comment Aziz a-t-il pu croire qu’il pourrait être médiateur de l’ONU en Libye ?

Lundi 25 Novembre 2019 - 22:42

Depuis toujours nul n’ignore que l’ONU est un « machin » selon les termes de De Gaulle. Depuis longtemps, les tyrans ont su s’organiser pour obtenir des sièges déplacés dans des conseils devenus insensés : ainsi la Chine, le Pakistan ou l’Arabie Saoudite ont pu siéger au Conseil des droits de l’homme.
 
Depuis longtemps, on sait que même le conseil de sécurité devient du flan quand l’une des grandes puissances, disposant du droit de véto, décide d’aller faire la guerre où bon lui semble même pour de fausses raisons voire de criminels objectifs.
 
Depuis Israël, on sait ce que valent les résolutions de l’ONU quand l’organisation avait encore le courage d’en prendre. Depuis « la belle du Seigneur », on imagine combien l’ONU est une planque dorée pour diplomates pour un bilan fait de « blabla » sur le dos de millions de victimes. Qui peut oublier que l’ONU, pour ne citer que cet exemple, ce sont 500.000 enfants morts en Irak des suites de l’embargo assassin, qualifié par Madeleine Albright de mal nécessaire.
 
https://fr.sputniknews.com/international/201803201035589211-madeleine-albright-morts-enfants-irak/
 
 
 Cela dit, l’ONU a le mérite d’exister et bien des gens y travaillent avec de nobles objectifs pour la paix et mettre de l’humanité dans ce monde de brutes. Ces gens ne sont pas certains dirigeants coupables qui abusent des failles du conseil de sécurité. Ils sont justes des fonctionnaires essayant de faire de leur mieux à leur niveau. Ce machin onusien est semblable à notre sinistre époque, ce nouveau moyen-âge, où ce qui faisait mourir de honte hier, n’indigne plus personne aujourd’hui. Chacun observe le machin, ses commissions où siègent désormais des roitelets sanguinaires, d’obscurs tyrans, de vieux régimes autoritaires et même de parfaits salauds.
 
Les puissants qui se partagent le monde, et ce machin, peuvent accepter ici ou là un siège pour un de leurs roitelets dans une commission impuissante, ils peuvent accepter la candidature d’une personnalité dont le CV présente un carriériste raisonnable quand il s’agit de ne pas oublier qui est son employeur mais jamais ils n’iront mettre un Mohamed Ould Abdel Aziz médiateur de l’ONU pour leurs intérêts dans le bourbier libyen où s'articulent tant de richesses et tant d’enjeux politiques et sécuritaires.
 
 

Ahmedou Ould Abdellah  : de 2007 à 2010 représentant spécial de l'ONU pour la Somalie
Ahmedou Ould Abdellah : de 2007 à 2010 représentant spécial de l'ONU pour la Somalie
Ce n’est pas seulement à cause de son profil selon les termes de son excellence Ahmedou Ould Abdellah qui connaît les rouages du machin onusien quand il disait qu’Aziz diplomate de l’ONU c'est impossible : « pour lui les Nations Unies ne peuvent pas employer une personne qui confirme publiquement avoir commis deux coup d’états contre des régimes élus et qui, à tort ou à raison, est accusée de faits graves relatifs à l’éthique telle que l’affaire Ghanagate ou l’affaire Senoussi…La fille de ce dernier a affirmé sur les antennes d’Al Jazira que son père a été vendu par le président à coup de centaines de milliers de dollars. »  source Rmibiladi

http://www.rmibiladi.com/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=3273%3Aaziz-aux-nations-unies-impossible&catid=1%3Aactualites&Itemid=2&fbclid=IwAR0uZgZVsrRitvpAEofGGYf9G0R1fGXF4bzZShxE2ewZOHMnTCVYQdaQz08
 
C’est surtout parce qu’il est désormais clair pour beaucoup, qu’Aziz est imprévisible et capable de tout en fonction des forces en présence. Son génie de la manipulation est tel que ce serait un insondable danger de lui donner de telles responsabilités surtout qu’il aurait selon jeuneafrique mit ses conditions à savoir un mandat de l’ONU avec sous le coude, la possibilité d’user du chapitre VII : la force militaire ; rien que ça.
 
Seuls ses amis tyrans africains ont pu le convaincre qu’avec leur soutien, il aurait des chances de remplacer un Ghassan Salamé. C’est donc pour ça qu’il est allé à Londres « apprendre » l’anglais, croyant aussi naïvement qu’apprendre une langue se fait aussi vite et aussi efficacement qu’un coup d’état en Mauritanie quand on maîtrise la grande muette.
 
Finalement Aziz est aussi un grand naïf. C’est cela qui lui permet d’être parfois attachant, son assurance face aux plus grands de ce monde et dans n’importe quelle situation ne vient peut-être que de son ignorance.
 
Depuis longtemps la Mauritanie n’est plus un terrain de manipulation à la hauteur de son génie. La Mauritanie ne semble n’avoir été qu’un tremplin pour faire fortune et avoir un riche carnet d’adresses de l'Asie à l'Arabie en passant par l'Afrique même s’il n’a jamais osé jouer au plus fin avec les marocains ou les algériens.
 
Après avoir maîtrisé la Mauritanie « pacifiquement » à la seule force de la menace héritée de ses mentors successifs puis de la démocratie domestiquée, il a voulu se payer le luxe du « départ » respectueux de la constitution pour mieux revenir définitivement en démocrate. Il a mis ses hommes partout mais semble avoir échoué à se débarrasser de Ghazouani quoi qu’en dise le loyal président élu qui ne manque toujours aucune occasion de rappeler leurs liens à toutes épreuves. Ce fut là le premier hic mais sachant que Ghazouani, en homme d’Etat, n’irait jamais sans mûre réflexion à la confrontation directe qui pourrait diviser l’armée, Aziz s’est dit que son retour plus tard sera facile étant entendu que même après un mandat, Ghazouani pourrait même ne plus vouloir de ce pouvoir empoisonné.
 
Il ne manquait à Aziz pour s’occuper qu’un poste à sa hauteur diplomatique telle qu’il se la figure « médiateur en Libye pour l’ONU avec le doigt sur la gâchette ». Il y a cru, c’est dire qu’il n’a plus toute sa tête ni lui ni ceux qui lui ont fait miroiter cette possibilité extravagante.
 
 

Ahmedou Ould Abdellah a raison :  comment Aziz a-t-il pu croire qu’il pourrait être médiateur de l’ONU en Libye ?
Aziz tombe d'un rêve si haut, qu’il est arrivé à Nouakchott groggy, déboussolé avec une seule idée en tête, reprendre le pouvoir vu qu’il a des hommes partout. Reprendre la main en Mauritanie serait avant tout faire payer les puissances qui n’ont pas voulu de lui en les privant de certaines ressources même si à ce jeu, il ne peut jouer qu’avec la France car les Usa ne plaisantent pas.
 
Le voilà donc qui débarque au siège de l’UPR, avec plus de journalistes que de sympathisants tellement ce fut improvisé, pour reprendre du service et rappeler qui est le chef. C’est là l’acte d’un homme sur les nerfs dont l’égo ballonné est touché et la soif de pouvoir manifestement inextinguible.

La force d’Aziz ne semble tenir que sur quelques leviers clés. Il n’est pas un homme à femmes, ni amateur de jeu de hasard, il n’a pas la folie des grandeurs des tyrans destinés à une chute violente, sa force tient à une certaine lucidité. Aziz ne semble avoir de passion que pour le commandement et pour lui le pouvoir se tient en ne se concentrant que sur l’argent et la sécurité.
 
Ce qu’il a oublié, c’est que les mauritaniens n’en peuvent plus de ce genre de profil, même les proches du pouvoir. Chacun aspire à un changement dans le mode de gouvernance sinon ce pays va imploser. Il a oublié que les amis acquis par la corruption et les biens indus ne suivront jamais que leurs intérêts. Il a oublié qu’aujourd’hui en Mauritanie, s’il essaie de manigancer un coup d’état contre Ghazouani, ça ne passera pas, non seulement car Ghazouani aura le soutien d’une partie du pouvoir en plus de celle de l’opposition mais en plus les puissances onusiennes qui l'ont assez pratiqué, soutiendront sa retraite.
 
Cette sortie azizienne à l’UPR, avec les déclarations qu’on lui prête, fut une terrible erreur car Ghazouani n’a pas réagi et cela n’a fait que montrer la terrifiante soif de pouvoir d’Aziz qui vient mettre des bâtons dans les roues de l’homme qui ne manque aucune occasion de revendiquer son bilan économique, politique et sécuritaire.
 
Aziz aurait été bien plus menaçant en restant dans son ranch ou son palais à Nouakchott recevant qui il veut. Ghazouani ne lui refuserait aucune nomination en plus d’avoir laissé ses hommes à la tête des ministères les plus précieux. Au lieu de ça, Aziz a tout gâché en se démasquant pour une fois trop tôt…
 
Mais Aziz n’a pas dit son dernier mot et il a souvent un coup d’avance...
mais gare au coup de trop...

VLANE

Jeuneafrique du 24 novembre 2019
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