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un grain de sable pour secouer la poussière...

Mamadou Sakho dit Diama : de l'École William-Ponty aux sommets de l'État

Mardi 22 Septembre 2026 - 22:09

Ancien ministre de l'Intérieur, enseignant, député, maire de Sélibaby et figure du Guidimagha, Mamadou Sakho dit Diama est décédé le 21 septembre 2026. Il avait traversé plusieurs décennies de la vie politique mauritanienne, comme témoin et comme acteur.

Certaines disparitions dépassent le cercle d'une famille, d'une ville, parfois d'une région. Celle du Doyen Mamadou Sakho dit Diama, mort le 21 septembre 2026 à Sélibaby, est de celles-là.
Sa trajectoire se confond avec une partie de l'histoire du pays. Pour le Guidimagha, c'est une figure tutélaire qui s'en va, un sage, une mémoire vivante de plusieurs décennies d'évolution.
Un enfant de l'école de William-Ponty

Son parcours commence par le savoir et sa transmission.

Sorti de l'École normale William-Ponty de Dakar, il appartient à cette génération d'enseignants formés dans l'un des grands foyers intellectuels de l'Afrique occidentale française. L'établissement recrutait sur concours, parmi les meilleurs élèves de l'AOF, et a formé des générations d'instituteurs et de cadres pour toute la région.
De retour en Mauritanie, Mamadou Sakho a consacré ses premières années professionnelles à l'enseignement.
À Sélibaby comme à Ould Yengé, il a formé des générations d'élèves du Guidimagha. À travers eux, c'est une partie de l'élite intellectuelle et administrative de la région qui porte encore la marque de l'école qu'il incarnait.
Cette vocation ne l'a jamais quitté. Même parvenu aux plus hautes responsabilités publiques, il est resté attaché à la transmission, à l'éducation, à la formation des jeunes.

Du PPM au gouvernement de Moktar Ould Daddah

La politique l'a ensuite appelé. Il a exercé des responsabilités au sein du Parti du peuple mauritanien (PPM) et compté parmi les premiers secrétaires fédéraux du parti à Kiffa, alors capitale de la troisième région, qui regroupait l'Assaba et le Guidimagha.
Cette fonction disait déjà son influence et son implantation dans cette partie du pays.
Quelques années plus tard, il entre au gouvernement du président Moktar Ould Daddah. D'abord le Travail et la Fonction publique, puis l'Intérieur, portefeuille stratégique entre tous.
À ce poste, il se retrouve au cœur du fonctionnement de l'État et de la vie politique nationale.
Son passage au gouvernement s'achève avec le coup d'État du 10 juillet 1978, qui met fin au régime civil de la Première République.

Un engagement qui se poursuit avec le multipartisme

Il ne se retire pas pour autant de la vie publique. Quand la Mauritanie s'engage, au début des années 1990, dans l'ouverture politique et le multipartisme, il prend part à cette nouvelle séquence.
Il est élu député, puis maire de Sélibaby sous les couleurs du Rassemblement pour la démocratie et l'unité (RDU), aux côtés de son ancien collègue du gouvernement, Ahmed Ould Sidi Baba.
Cette étape résume une constante de sa vie : malgré les changements de régime et les recompositions du paysage politique, il est resté engagé dans la vie publique et dans le développement de sa région.
Une autorité qui dépassait la politique

Réduire Mamadou Sakho à ses fonctions officielles serait pourtant passer à côté de l'essentiel.
Au fil des années, il était devenu bien plus qu'un ancien ministre, un ancien député ou un ancien maire. Il était le Doyen, une référence, une autorité morale, une mémoire du Guidimagha.
Son influence tenait moins aux titres qu'il avait occupés qu'à la confiance que lui accordaient les populations.

Cette dimension passait aussi par son engagement religieux.

En 2010, il a supervisé les travaux de la Grande Mosquée de Sélibaby, contribuant à la réalisation d'un lieu majeur de culte et de rassemblement pour la communauté.
En l'absence de l'imam principal, il lui arrivait de diriger la prière. Ce rôle aussi traduisait la considération dont il jouissait auprès des fidèles.

Une mémoire qui s'en va

Avec sa disparition, c'est une mémoire qui s'efface. Celle d'une génération qui a connu les premières années de la République, accompagné la construction de l'État, traversé la rupture de 1978, puis participé à l'ouverture démocratique des années 1990.
Enseignant, formateur, responsable politique, ministre, député, maire, homme de foi : Mamadou Sakho aura porté plusieurs visages au cours d'une longue vie au service de la collectivité.

Son héritage ne se résume pas à cette succession de fonctions. Il se mesure aux générations qu'il a formées, aux responsabilités qu'il a assumées, aux réalisations auxquelles il a contribué, et surtout à la place qu'il occupe dans la mémoire collective du Guidimagha.
Sa disparition est une perte pour Sélibaby, pour le Guidimagha et pour la Mauritanie.
À sa famille, à ses proches, à ses anciens élèves, à ses compagnons de route et à tous ceux qui l'ont connu et estimé, nous adressons nos condoléances les plus attristées.

Qu'Allah, dans Son infinie miséricorde, lui pardonne ses fautes, accueille son âme dans Son vaste Paradis et accorde à sa famille la patience et la force face à cette douloureuse épreuve.
Inna lillahi wa inna ilayhi raji'un.
Que le Doyen Mamadou Sakho dit Diama repose en paix.

Amadou BA Ancien Fonctionnaire des Nations Unies
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