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Dr Mohamed Salem Ould Merzoug, l’homme au gouvernail de la diplomatie mauritanienne par El Wely Sidi Heiba

Jeudi 1 Octobre 2026 - 21:03


Entre sagesse, mesure, calcul et continuité, le Dr Mohamed Salem Ould Merzoug imprime à la diplomatie mauritanienne un style fondé sur la maîtrise des équilibres, la préservation des marges de manœuvre et le maintien du dialogue. Fort d’un parcours qui l’a conduit de l’université à l’OMVS, des responsabilités gouvernementales au conseil diplomatique présidentiel, puis au ministère des Affaires étrangères, il incarne une pratique diplomatique dans laquelle l’influence se construit moins par l’éclat que par la constance, la présence et la capacité à tenir le cap dans un environnement régional en recomposition.

Dans le parcours du Dr Mohamed Salem Ould Merzoug, la diplomatie apparaît moins comme une fonction que comme le prolongement naturel d’une aptitude à lire les rapports de force, à mesurer les équilibres et à identifier, dans chaque situation, les marges de manœuvre possibles. Ses différentes responsabilités ont progressivement révélé et approfondi cette disposition.

Depuis sa nomination au ministère des Affaires étrangères en mars 2022, portefeuille auquel s’est ajoutée en août 2024 la dimension de la coopération africaine, il est devenu l’un des principaux visages de la diplomatie mauritanienne. Universitaire et chercheur, docteur en géophysique, ancien Haut-Commissaire de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), ancien ministre de plusieurs départements, ancien conseiller diplomatique du président de la République et ancien ministre de l’Intérieur, il dispose d’une trajectoire qui dépasse largement le seul champ des relations internationales.

Cette diversité d’expériences constitue une véritable école de gouvernement. Elle permet d’aborder les questions internationales non comme des dossiers isolés, mais comme des problématiques liées à la sécurité, au développement, aux ressources, à l’environnement, à la gouvernance et aux équilibres régionaux. C’est sans doute l’un des traits qui caractérisent le mieux sa manière d’aborder la diplomatie : moins comme une tribune que comme un exercice permanent de maîtrise des équilibres.

Avant d’évoluer dans les grandes enceintes diplomatiques, Ould Merzoug a été confronté à des dossiers qui exigent une compréhension concrète des interdépendances. À la tête de l’OMVS pendant plus d’une décennie, il a évolué au cœur d’une organisation régionale consacrée à la gestion et à la mise en valeur d’une ressource partagée entre plusieurs États.

La gestion de l’eau dépasse en effet la seule question technique. Elle touche à l’agriculture, à l’énergie, à l’environnement, à la sécurité alimentaire et, plus largement, aux intérêts des populations. Elle oblige à composer avec des priorités nationales parfois différentes et à rechercher des compromis susceptibles de s’inscrire dans la durée. Une telle expérience enseigne nécessairement l’écoute, la patience, la négociation et la recherche d’équilibres acceptables.

Cette expérience permet de comprendre une dimension essentielle de son parcours : la diplomatie comme gestion des interdépendances. Elle éclaire aussi une approche dans laquelle le dialogue n’est pas une fin en soi, mais un moyen de préserver les intérêts nationaux tout en évitant de réduire inutilement les possibilités d’action.

Cette conception apparaît notamment dans la manière dont la Mauritanie aborde les dossiers régionaux sensibles. En septembre 2022, Ould Merzoug recevait à Nouakchott Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, dans le cadre des consultations internationales consacrées à ce dossier.

La position de la Mauritanie sur cette question s’inscrit dans une géographie particulière et dans un environnement régional où les équilibres demeurent sensibles. Dans un tel contexte, la prudence ne signifie pas l’effacement. Elle peut au contraire constituer un instrument permettant de préserver la capacité de dialogue et de défendre les intérêts nationaux sans recourir à la surenchère.

Cette logique se retrouve plus largement dans la conduite de la diplomatie mauritanienne. Située au croisement du Maghreb, du Sahel, de l’Afrique de l’Ouest, du monde arabe et de l’espace atlantique, la Mauritanie ne peut réduire sa politique étrangère à un seul axe. Elle doit pouvoir entretenir simultanément des relations avec ses voisins, les organisations régionales et continentales, les pays arabes, l’Europe, les États-Unis et les Nations unies.

L’élargissement du portefeuille d’Ould Merzoug à la coopération africaine en 2024 s’inscrit dans cette réalité géographique et stratégique. La Mauritanie appartient à plusieurs espaces à la fois. Cette pluralité, loin d’être uniquement une contrainte, peut devenir un levier diplomatique lorsqu’elle est accompagnée d’une politique suffisamment cohérente pour transformer la position géographique du pays en capacité de dialogue.

La présidence du Conseil exécutif de l’Union africaine en 2024 a ainsi placé Nouakchott au cœur de discussions continentales portant notamment sur les enjeux politiques, sécuritaires, économiques et sociaux de l’Afrique. Au-delà de la dimension institutionnelle de cette responsabilité, elle a offert à la diplomatie mauritanienne un espace supplémentaire de visibilité et d’action au niveau continental.

La même logique apparaît dans l’attention accordée aux enjeux de sécurité et de développement. Voisine d’une région confrontée aux conflits armés, au terrorisme, aux déplacements de populations, aux crises institutionnelles et aux effets du changement climatique, la Mauritanie a intérêt à défendre une conception de la stabilité qui ne se limite pas à la seule dimension sécuritaire.

En septembre 2022, à New York, Ould Merzoug participait notamment à une table ronde consacrée à la sécurité climatique et à la situation du Sahel. Cette approche met en évidence l’interdépendance entre sécurité, développement, environnement, emploi, gouvernance et cohésion sociale. Elle rappelle qu’une politique de sécurité durable ne peut être dissociée des conditions économiques, sociales et environnementales qui déterminent la stabilité des sociétés.
À cette approche s’ajoute une présence régulière dans les différents espaces où se discutent les enjeux intéressant la Mauritanie : Union africaine, Ligue des États arabes, Organisation de la coopération islamique, Nations unies, mais aussi cadres bilatéraux avec les partenaires européens, américains, africains et arabes. Cette diversification des interlocuteurs correspond à la position particulière du pays et à la nécessité de préserver plusieurs canaux de communication.

En septembre 2026, à New York, Ould Merzoug s’est entretenu avec le sous-secrétaire d’État adjoint américain chargé de l’Afrique de l’Ouest et de la diplomatie publique autour des relations mauritano-américaines et de leur développement. Le lendemain, il participait à la réunion annuelle de coordination des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation de la coopération islamique.

Deux cadres différents, deux espaces diplomatiques distincts, mais une même logique : être présent là où se discutent les intérêts susceptibles d’affecter, directement ou indirectement, la Mauritanie. De cette pratique se dégage une doctrine implicite : préserver autant que possible les canaux de dialogue, sans renoncer pour autant à la défense des intérêts nationaux. Il ne s’agit pas de considérer que toutes les positions se valent, mais de conserver la possibilité d’échanger, de négocier et, lorsque cela est nécessaire, de défendre fermement ses propres intérêts.

Cette approche prend une importance particulière pour un État situé à l’intersection de plusieurs ensembles géopolitiques. Le Maroc, l’Algérie, le Sénégal, les pays du Sahel, les États arabes, l’Union africaine, l’Union européenne, les États-Unis et les Nations unies constituent autant de cercles avec lesquels Nouakchott doit pouvoir maintenir des relations fonctionnelles. Dans cette architecture, la souplesse diplomatique peut devenir un instrument de souveraineté, dès lors qu’elle ne se traduit pas par l’abandon des intérêts fondamentaux du pays.

La diplomatie portée par Ould Merzoug apparaît ainsi à la fois discrète et active. Elle privilégie la présence régulière dans les enceintes multilatérales, la multiplication des consultations et la construction patiente des relations. L’objectif n’est pas nécessairement de rechercher l’éclat ponctuel, mais de maintenir une capacité de dialogue, de défendre les positions mauritaniennes et de préserver les possibilités de négociation lorsque les circonstances évoluent.

À cette pratique s’ajoute la mémoire institutionnelle, une dimension moins visible, mais potentiellement déterminante. Lorsqu’un responsable exerce pendant plusieurs décennies des fonctions dans des secteurs aussi différents, il accumule une connaissance des administrations, des institutions régionales et internationales, des acteurs et des mécanismes de décision qui ne s’acquiert pas uniquement dans les manuels ou les fonctions diplomatiques classiques.

Dans le cas du Dr Mohamed Salem Ould Merzoug, cette mémoire est particulièrement étendue. Universitaire et chercheur, consultant international, ministre dans plusieurs secteurs, Haut-Commissaire de l’OMVS pendant plus d’une décennie, responsable au sein d’organisations internationales de bassin, conseiller diplomatique du président de la République, puis ministre de l’Intérieur et ministre des Affaires étrangères, il a évolué dans des environnements institutionnels différents tout en restant au contact de dossiers structurants pour la Mauritanie et son environnement régional.

Cette continuité offre une lecture transversale des enjeux. Elle permet notamment de relier des domaines que l’on traite parfois séparément alors qu’ils sont, dans la pratique, étroitement liés : sécurité, développement, ressources en eau, environnement, migration, gouvernance et diplomatie. Une telle expérience peut favoriser une compréhension plus fine des acteurs, des intérêts en présence et des mécanismes institutionnels qui conditionnent la mise en œuvre des politiques publiques.

La Mauritanie dispose, de son côté, d’atouts géographiques et politiques singuliers, une façade atlantique, une position entre Maghreb et Sahel, une appartenance au monde arabe, une profondeur africaine et une expérience acquise dans plusieurs mécanismes régionaux. Mais une géographie ne devient une ressource diplomatique que lorsqu’elle est accompagnée d’une stratégie capable d’en tirer parti.

C’est dans cet espace que s’inscrit le rôle d’un ministre des Affaires étrangères : traduire les réalités géographiques, économiques et sécuritaires du pays en relations, en partenariats et en capacités de négociation. Le parcours d’Ould Merzoug, de la géophysique à l’OMVS, des responsabilités ministérielles au conseil diplomatique présidentiel, puis aux Affaires étrangères et à la coopération africaine, lui donne une expérience diversifiée des mécanismes de décision et des interdépendances qui structurent l’action de l’État.

Les équilibres du Sahel évoluent, les relations maghrébines se transforment, l’Afrique cherche à renforcer ses capacités d’action collective, le monde arabe traverse des crises multiples, l’Europe redéfinit certains de ses partenariats et les grandes puissances renforcent leur présence sur le continent. Dans cet environnement mouvant, la Mauritanie dispose d’un atout singulier : sa capacité à se situer à plusieurs carrefours géopolitiques à la fois.

C’est dans cette configuration qu’Ould Merzoug inscrit sa pratique diplomatique. Elle repose sur quatre exigences complémentaires : 
-        la sagesse, qui conduit à privilégier le dialogue lorsque la rupture n’est pas nécessaire ; 
-        la mesure, qui consiste à préserver les marges de manœuvre ouvertes par la parole et l’action diplomatiques ; 
-        le calcul, entendu comme la capacité à évaluer les rapports de force, les intérêts en présence et les conséquences possibles d’une décision ; 
-        la continuité, parce que les relations internationales se construisent rarement dans l’improvisation, mais plutôt dans la durée, la confiance et la constance.
C’est peut-être là, au fond, que réside le véritable art du gouvernail : non pas prétendre arrêter les courants, mais savoir les lire, en mesurer la force et naviguer entre eux sans perdre le cap. La diplomatie consiste moins à choisir entre l’immobilité et le mouvement qu’à préserver, dans un environnement en perpétuelle évolution, la capacité d’adapter sa navigation sans renoncer à sa direction.

Pour la Mauritanie, cette approche revêt une importance particulière. Dans un monde où les rapports de puissance se recomposent, où les partenariats évoluent et où les crises régionales s’entrecroisent, la capacité à dialoguer avec plusieurs espaces tout en maintenant une lecture claire de ses intérêts constitue une ressource diplomatique importante.

C’est dans cet équilibre entre sagesse, mesure, calcul et continuité que se dessine le style diplomatique associé à Mohamed Salem Ould Merzoug, une diplomatie qui cherche moins à imposer sa voix par l’éclat qu’à préserver sa capacité d’action par la présence, le dialogue et la maîtrise des équilibres.
saharamedias

 
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